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"Quelque chose en lui parlait
tambours"
Werner Lambersy
La chaleur n'est pas tombée ce soir là, à Palmarin Goulmane. Des cris se sont élevés, en écho aux rythmes rapides des percussions et aux chants des coeurs. La transe s'est emparée des femmes venues par délégations, parées aux couleurs de leur favori, tandis que les colosses ont dansé d'un pas léger devant les tribunes, le regard fier et lointain.
Les rites ont été respectés. Trois fois les lutteurs entrés dans le cercle de sable brun formé au sol, trois fois en sont sortis d'un bond. Les mains des frères ont redessiné les corps musculeux des athlètes. Les ceintures, léguées par un aïeul, les colliers, les bracelets aux chevilles comme aux poignets, touchés avec égards, ont tenu leurs promesses : les combats ont duré. Les esprits étaient au rendez-vous, qui donnaient la force, qui donnaient le courage, et la chance aussi, car l'adversaire est respecté.
Il a fallu longuement s'observer, attendre une faille dans la défense, il a fallu fatiguer l'autre en tournant autour de lui, l'agacer d'une main provocante sur son front, l'éclabousser de sable afin que la sueur ne trahisse pas la poigne ferme, pour enfin le saisir et le terrasser de force et de technique.
Alors le vaincu est resté au sol. Il pleurait, criait sa rage, il semblait vouloir s'enterrer dans le cercle même des combats, et parfois trois hommes massifs ont peiné à l'en arracher.

Publié par merlenvol à 10:52:34 dans Sénégal | Commentaires (2) | Permaliens
11-08-2008 21:22
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