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Je suis descendu jusqu'à la "rivière" Colorado prendre un bain de pieds, et passer une nuit à la belle étoile, sur une table de camping (faute de tente) pour éviter que les souris n'entament mon sac de couchage. Sur le chemin qui s'enfonçait dans le Grand Canyon, peu après le départ, j'ai rencontré un écureuil. Ils sont omniprésents dans l'ouest du pays. Celui-ci est venu mendier un peu de nourriture, faisant fi des lois en vigueur dans les parcs nationaux. Plus loin, un jeune daim semblait perdu. Cette rare vie animale était rassurante : "On n'y croise un puma que très occasionnellement", dixit un ranger. Le puma est un chasseur nocturne imposant qui arpente un immense territoire en quête de nourriture, mais qui ne se donne pas la peine de courir des espaces peu prometteurs. En cas de rencontre, il est recommandé de faire face, y compris si la bête attaque. Toute fuite reviendrait à nourrir un animal sauvage, ce qui, un foie de plus, est interdit par la loi.

Le camping, quelques tables métalliques bordant un cours d'eau, est vide à mon arrivée. Je choisis un emplacement, y dépose le sac à dos et vais marcher le long du Colorado. L'eau, boueuse, est soumise à un fort courant. La principale cause de décès dans le Grand Canyon, avant même la déshydratation, est le fleuve. Des baigneurs et kayakistes sont régulièrement emportés dans les rapides. Je me risque à un bain de pieds ... le lit s'enfonce très rapidement. Par endroits, il atteint trente mètres de profondeur (non, je n'ai pas vérifié).
De retour au camping, après avoir salué moult papillons, je fais connaissance avec un norvégien et un couple d'américain qui plantent leur tente. Le norvégien est un marin, les américains ... j'ai acquiescé sans comprendre. Ces trois-la me rendent un service involontaire en préparant leur dîner : je les imite, alors que Big Ben sonne à peine une heure du matin, et réalise que le soleil se couche déjà. Conformément aux consignes des rangers, le repas sera important. Après tout repas en pleine nature, il convient de ranger le moindre papier qui a été en contact avec la nourriture, voire de ramasser les miettes au sol, de disposer la collecte dans un casier métallique à double verrou, de déposer le casier à quelques mètres du couchage, et de se laver les mains et le visage, au cas ou un ours s'approcherait. Ces plantigrades ont un flair extrêmement développé.
Enfin, la nuit. Loin de toute pollution lumineuse, dans l'air épuré de l'hiver, à l'altitude de la cathédrale ruthénoise, la voie lactée et les constellations sont plus riches d'étoiles. Ce spectacle et la chaleur des gorges retiendront mon sommeil jusque tard dans la nuit. Les paroles du ranger et le rituel de la boite métallique aussi.
La remontée est éprouvante à cause des 1500 mètres de dénivelé. Très. Prévoir trois à quatre litres d'eau.
Publié par merlenvol à 00:53:32 dans Arizona | Commentaires (1) | Permaliens
Camping sauvage entre la vallee de la mort et ... je n'en savais rien au fond.
Tout le jour, j'avais marche. Dix heures, peut-etre davantage. La derniere marche devait etre une promenade, ce fut une randonnee. Je cherchais des gorges bleues, et comme elles s'etaient presentees si proches de la route, j'avais ete voir plus loin. Apres deux heures a rouler les cailloux, apres 600 metres de denivele, j'avais ete surpris, chance, par un mur infranchissable. Demi-tour.
Arrive a la voiture, la nuit deja ensablait le decors. Je devais rouler quelques heures, quelques heures a gagner sur le lendemain, sur le desert : j'etais attendu au sud de Los-Angeles, et il fallait prevoir une marge pour eventuellement se perdre dans le dedale d'autoroutes qui cerclait la cite. Apres quatre heures d'engourdissement, le ruban de goudron, rectiligne, monotone, finit par me contraindre au choix : avancer jusqu'a la ville la plus proche, que la carte annoncait lointaine, et risquer l'accident de paupieres lourdes, ou tenter le bivouac, l'arret imprevu dans un lieu inconnu, presume desert. Deuxieme option.
Un chemin accidente se profilait sur le sable. Je m'y engageais, m'y enfoncais sur trois kilometres, puis stoppai. Selon un rituel eprouve, je disposais aux places elues les cles de la voiture, la lampe de poche, les lunettes, la montre. Enfin, les duvets froissaient le silence. Je tentais de cerner le lieu a l'ouie, puisque la vue n'avait su. Si on leur en laisse le temps, les sons se frayent un chemin dans le silence, et peu a peu l'elargissent. Le temps jouait pour eux, mais contre ma lucidite. Les images du jour commencaient a defiler sous mes yeux ... je dormais. Bruit d'eau.
Sept heures du mat' j'ai des frissons. Deux degres. J'ai trop dormi, pas comme dans les chansons. Lentement, je depliais les jambes engourdies. Le site, secret d'une nuit, allait enfin se reveler. Extraction. Quelques pas sur le sable frais, entre les arbres de Joshue. C'est en revenant sur mes pas que j'ai apercu les rochers qui plongeaient vers ... Tout pres, un petit paradis. Ainsi, je n'avais pas reve cette ondine.
Ce matin-la, j'ai dejeune au pied d'un palmier, j'ai regarde le soleil peindre les rochers, j'ai ecoute le ruisseau murmurer. Ce jour-la, j'avais aussi rendez-vous avec ... avec ce matin-la !

Publié par merlenvol à 00:03:32 dans Californie | Commentaires (1) | Permaliens
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